Mes résultats sont mauvais. Est-ce que je recrute un nouveau commercial ?
- Christophe RASERA

- 7 avr.
- 4 min de lecture

C'est l'une des questions les plus fréquentes que j'entends de la part de dirigeants de PME, d'ESN et de cabinets de conseil. Les chiffres ne sont pas là, la pression monte, et le réflexe naturel est de chercher la solution côté recrutement. Un nouveau commercial, plus motivé, plus expérimenté, qui va relancer la machine.
Mauvaise question.
La bonne : est-ce que le problème vient des hommes ou de la stratégie ?
Parce que recruter un commercial quand la stratégie est cassée, c'est l'envoyer à l'échec. Il va peiner. Pas parce qu'il est mauvais, parce que le terrain n'était pas prêt pour lui.
La vraie raison pour laquelle on ne recrute pas
Soyons honnêtes sur ce qui se passe réellement dans la tête d'un dirigeant face à cette situation.
La vraie raison pour laquelle on repousse le recrutement, ce n'est pas la stratégie. C'est la flemme du processus — et la peur de l'inconnu.
Recruter un commercial, ça veut dire :
Rédiger une offre convaincante
Trier des dizaines de CVs
Organiser des entretiens
Choisir sans certitude
Onboarder et former
Croiser les doigts pour que ça tienne
Alors on garde le commercial moyen. Il est là, il connaît les clients, il ne génère pas de friction immédiate. On se dit qu'on verra quand les résultats remonteront. Qu'on prendra une décision dans 3 mois. Puis dans 6.
Les résultats ne remontent pas.
Il finit par partir de lui-même — souvent au pire moment, en pleine mission ou en fin de trimestre. Et là on se retrouve à moins un, avec un pipe vide, et on repart en mode panique sur le recrutement. En urgence. Sans préparation. Dans les pires conditions.
Ce schéma, je l'ai vu se répéter dans des dizaines d'entreprises. Et je l'ai vécu moi-même.
Le bon moment pour recruter un commercial, c'est toujours avant d'en avoir besoin.
Le diagnostic à faire avant toute décision
Avant de signer une offre d'emploi — ou de décider de ne pas le faire — posez-vous deux questions honnêtes.
1. C'est un problème de casting ?
Les profils en place ne correspondent pas au marché, aux cycles de vente, aux clients cibles. Le commercial est peut-être compétent, mais pas sur ce segment, pas avec cette offre, pas face à ces interlocuteurs.
Dans ce cas, recrutez. Et vite. Quitte à ce que ça bouge dans l'équipe. Garder un profil inadapté par confort coûte plus cher que de provoquer un changement nécessaire.
Les signaux d'un problème de casting : les commerciaux en place ne comprennent pas vraiment l'offre, ils peinent à tenir une conversation avec les décideurs, leurs rendez-vous n'aboutissent jamais, ils se réfugient dans l'administratif plutôt que dans la prospection.
2. C'est un problème de stratégie ?
Pas de positionnement clair. Pas de cible définie. Pas de message qui accroche. Pas de process de prospection structuré. Pas de suivi des comptes.
Dans ce cas, un nouveau commercial ne réglera absolument rien. Il arrivera motivé, se heurtera aux mêmes obstacles que ses prédécesseurs, et partira dans 6 mois avec les mêmes résultats — en laissant derrière lui un coût de recrutement, un onboarding raté, et une équipe démotivée.
Les signaux d'un problème de stratégie : plusieurs commerciaux successifs ont échoué sur les mêmes clients, personne dans l'équipe ne sait vraiment expliquer pourquoi un client vous choisit plutôt qu'un concurrent, le pipeline est rempli d'opportunités qui n'avancent pas.
Ce que beaucoup de dirigeants confondent
Il y a une confusion fréquente entre la force commerciale et le nombre de commerciaux.
La force commerciale d'une entreprise, ce n'est pas le nombre de personnes dans l'équipe de vente. C'est la clarté de ce qu'on leur demande de vendre, à qui, et comment. C'est la qualité du positionnement, la pertinence des cibles, la solidité des messages, la rigueur du suivi.
Un commercial seul avec une stratégie claire bat systématiquement une équipe de cinq sans cap défini.
C'est pour cette raison que beaucoup d'entreprises recrutent des commerciaux en espérant qu'ils vont construire la stratégie eux-mêmes. Ça n'arrive presque jamais. Un commercial exécute une stratégie — il ne la crée pas. Lui demander de faire les deux, c'est le préparer à l'échec.
La bonne séquence de décision
Face à des résultats commerciaux décevants, voici la séquence qui fonctionne :
Étape 1 - Le diagnostic honnête, analysez factuellement : où se situe le problème ? Dans les profils, dans le message, dans le ciblage, dans le process, dans le suivi ? Soyez précis. "Mes commerciaux ne performent pas" n'est pas un diagnostic, c'est un constat.
Étape 2 - La décision éclairée si c'est le casting : recrutez sans attendre, en définissant précisément le profil dont vous avez besoin et pourquoi. Si c'est la stratégie : commencez par la structurer avant d'ajouter des ressources. Ajouter des commerciaux sur une stratégie défaillante multiplie les échecs, pas les succès.
Étape 3 - L'exécution structurée que vous recrutiez ou restructurez, donnez-vous les moyens de réussir : onboarding solide, outils en place, objectifs clairs, rituels de suivi réguliers.
Ce qu'on retient
Recruter n'est pas une solution en soi. C'est un accélérateur
d'une stratégie qui fonctionne, ou d'une stratégie qui ne fonctionne pas.
Le diagnostic d'abord. Le recrutement ensuite. Mais pas dans 6 mois.
👉 Vous voulez structurer votre fonction commerciale avant de recruter ? C'est exactement ce qu'on travaille dans notre formation Direction Commerciale.




Commentaires